Pourquoi vouloir développer et structurer une filière locale de sarrasin ?

Mars 2018 : avancement du projet

Contexte

Fin 2015, le PNR de Millevaches a initié un nouveau dispositif expérimental : l’Atelier Permanent d’Innovation (API) dont l’objectif est de favoriser l’émergence de projets économiques innovants, répondant à des besoins du territoire et valorisant les ressources locales. Le premier sujet dont s’est saisi l’Atelier est celui du développement d’une filière sarrasin sur le territoire.
Basé sur le partenariat et la coopération entre des acteurs diversifiés, cet API offre un cadre et une méthode pour travailler sur des thématiques identifiées en amont par le Parc, ses partenaires ou par tout acteur du territoire.

Le Limousin, ancienne terre de sarrasin :

Alors que le sarrasin a constitué pendant des siècles avec le seigle, la base du régime alimentaire des Limousins, sa culture a été progressivement abandonnée après la seconde guerre mondiale. En effet, avec la diversification de l’alimentation, les débouchés de la farine de blé noir se sont progressivement amoindris et cette culture peu productive a été délaissée au profit de systèmes de productions plus intensifs.

Parcelle de sarrasin

Un potentiel de consommation encourageant :

Cependant depuis quelques années, le sarrasin revient en force dans l’alimentation car contrairement aux céréales comme le blé, il ne contient aucun gluten. La consommation de produits sans gluten est en forte hausse (+40% en 2014, + 30% en 2015) et hormis la farine, on trouve aujourd’hui de nombreux produits à base de sarrasin. De fait, la France est actuellement déficitaire sur cette production, notamment sur le marché du bio, et elle importe 50% de sa consommation (essentiellement des pays de l’Est).
Le potentiel en termes de débouchés pour le sarrasin produit sur la Montagne Limousine est donc encourageant, d’autant que cette culture est parfaitement adaptée à ses terres pauvres et acides et qu’elle possède des propriétés agronomiques à redécouvrir et à promouvoir (excellent engrais vert, caractère nettoyant, faible consommation d’azote…). L’appartenance de cette plante au patrimoine culturel et agronomique local, est également un atout, pour travailler à une forte identité territoriale de la production.

Présentation du projet :

Une filière locale à relancer pour développer l’économie locale mais pas seulement :
Même si la culture du sarrasin demande très peu d’investissement et que le prix à la tonne est particulièrement attractif pour les producteurs depuis quelques années (entre 450 et 500€/T en conventionnel et jusqu’à 900€/T en bio), l’intérêt du blé noir n’est pas qu’économique. Cette plante a également des qualités agronomiques intéressantes qui méritent d’être redécouvertes et promues :
C’est une culture adaptée aux terres pauvres et acides de la Montagne Limousine,
Elle possède des propriétés agronomiques intéressantes : excellent engrais vert en inter-culture grâce à son cycle végétatif très court facilement intégrable dans une rotation, caractère nettoyant (notamment sur des défriches de landes ou de prairies), faible consommation d’azote qui n’appauvrit pas le sol et constitue un bon précédent pour d’autres céréales,
Elle participe au maintien de la biodiversité grâce à ses propriétés mellifères. La fécondation des fleurs de sarrasin argenté se fait grâce à des agents extérieurs à la plante, notamment des abeilles. Le développement des cultures de sarrasin dont la floraison est tardive constitue ainsi, une ressource de nectar et de pollen pour les abeilles tard en saison.
Elle appartient au patrimoine culturel et agronomique régional,

Parcelle de sarrasin

Une filière qui répond aux enjeux d’avenir en matière d’activité agricole sur le territoire du Parc :
• Diversification des productions et des revenus pour les agriculteurs,
• Transformation locale des productions afin de générer de l’activité économique sur le territoire et donner une plus-value à la production,
• Expérimentation sur la recherche d’assolements adaptés aux cultures de céréales de montagne, pour une plus grande autonomie des exploitations agricoles.
Le Parc s’est associé sur ce projet avec la Communauté de communes Creuse Grand Sud, elle-même engagée dans une stratégie de relocalisation de la consommation alimentaire. La volonté commune est d’encourager le développement et la structuration d’une filière courte sarrasin.

Bilan des actions mises en œuvre

Un état des lieux de la filière effectué fin 2015 par le PNR a permis d’amorcer le projet et de mobiliser lors de 2 rencontres (février et avril 2016) une vingtaine d’acteurs : producteurs, transformateurs et organismes stockeurs. Ces 2 réunions ont permis de confirmer l’intérêt des acteurs pour le projet et de définir les actions prioritaires à mettre en œuvre, à savoir : le développement de la production de sarrasin sur le territoire et les savoir- faire qui y sont liés. Pour atteindre cet objectif, il a été acté qu’il était nécessaire que les producteurs expérimentés partagent leurs savoir-faire et définissent les bonnes pratiques culturales à mettre en œuvre.
Le PNR a donc accompagné la constitution d’un groupe de producteurs et mis en place des suivis de parcelles sur les campagnes sarrasin 2016 et 2017 afin de favoriser les échanges et l’analyse de pratiques entre anciens et nouveaux producteurs.
Accompagné par la FRCIVAM, le groupe a travaillé à l’élaboration d’une fiche « itinéraire technique pour la culture du sarrasin » finalisée et diffusée au printemps 2017, pour sensibiliser de nouveaux producteurs. L’objectif à terme étant d’augmenter le nombre d’exploitations produisant du sarrasin, notamment sur des petites surfaces afin d’intégrer facilement cette culture à la SAU de l’exploitation.
Dans le prolongement de ces premières actions, une réflexion a été engagée en 2017 avec les producteurs mobilisés, sur les outils de proximité à mutualiser ou à développer pour être autonome sur les opérations de tri, séchage, et éventuellement stockage du grain après la récolte. L’objectif était que les producteurs mutualisent leurs lots de sarrasin et réunissent un volume suffisant pour commercialiser directement leur grain sans intermédiaire. Un test de structuration dans ce sens, a été mis en place sur la campagne sarrasin 2017 pour permettre aux producteurs de trier, sécher et stocker leur sarrasin en mutualisant du matériel. Le bilan de ce test est mitigé, notamment sur la partie séchage qui a été mal maîtrisée.
Une recherche de nouveaux débouchés pour commercialiser le sarrasin de Millevaches a également été initiée en 2017 en partenariat avec Interbio Nouvelle Aquitaine. Ce partenariat a permis d’identifier à l’échelle régionale, des opérateurs intéressés par du sarrasin biologique de qualité. Une rencontre entre les producteurs et 2 acheteurs potentiels a été organisée le 14 avril 2017 à Limoges. Cependant, au moment de la commercialisation, ces opérateurs qui s’étaient déclarés très intéressés par le sarrasin de Millevaches n’ont pas été très réactifs. La commercialisation de la production est donc un aspect qui reste grandement à améliorer, une fois que les difficultés rencontrées auront pu être analysées.
Parallèlement aux travaux engagés avec les producteurs, diverses actions de communication ont été mises en place pour faire connaître le projet et promouvoir la culture du sarrasin sur Millevaches (articles et reportages dans les medias locaux, site internet, Lettre Parc…).
2017 a aussi permis d’engager un partenariat avec la Chambre d’agriculture de la Creuse qui a réalisé des suivis agronomiques de parcelles cultivées en sarrasin chez 2 des producteurs engagés dans le projet.

Sarrasin en fleurs

Perspectives 2018 :

Structuration des producteurs :
Les producteurs souhaitent gagner en autonomie et en organisation. Ils ont décidé de se structurer juridiquement sous une forme qui reste à déterminer. Cette structuration facilitera la commercialisation et les investissements et contribuera à une meilleure visibilité et crédibilité du projet auprès de nouveaux producteurs et des financeurs.
A ce jour, 8 producteurs bios sur les 3 départements, sont motivés par la création de la filière et souhaitent s’engager dans la démarche. Ce groupe représente en 2017 une surface semée en sarrasin d’environ 50 ha dont 42 ha moissonné pour un rendement moyen de 15 qtx/ha.
Un voyage d’étude avec les producteurs et des porteurs de projet pourrait être organisé fin 2018, pour aller voir des expériences de développement de filière locale (sarrasin ou autre) avec mise en place d’atelier de transformation.

Moisson du sarrasin

Poursuite du suivi agronomique des parcelles :
Objectifs :
• sécuriser les rendements en sarrasin (face aux aléas climatiques entre autres),
• Réduire le temps de travail,
• Réduire l’impact carbone,
• Faire du sarrasin à moindre coût.
Poursuite des échanges de pratiques et du parrainage de nouveaux producteurs
Objectifs :
• Poursuivre et capitaliser les observations à partir de l’expérience des producteurs (savoir-faire, astuces),
• Intégrer de nouveaux producteurs au projet,
• Maintenir la dynamique de groupe.
Communication :
• Réalisation d’un court métrage pour valoriser et promouvoir la démarche de structuration de la filière à travers l’ensemble des actions mises en place,
• Dossiers de presse, articles dans les medias, site internet, journal du Parc, chroniques radio (RV, France Bleu Creuse…
• Création d’évènement et d’animations autour du sarrasin : dégustations, expérimentation de nouvelles recettes…
Identité territoriale de la filière :
Un travail pour pouvoir attribuer la marque « Valeur Parc » au sarrasin de Millevaches pourra être initié avec les producteurs s’ils le souhaitent.
Transformation
Parallèlement aux actions engagées avec les producteurs et les acteurs locaux, il semble à présent possible d’avancer sur les questions de transformation locale.
Une étude de faisabilité d’un atelier de transformation sarrasin bio, sur le PNR, serait utile pour accompagner et soutenir la structuration de la filière. Elle permettrait de quantifier les volumes de transformation locale possibles et des scénarios économiquement viables à partir de débouchés identifiés à différentes échelles (process de transformation en fonction des variétés de sarrasin, structures juridiques des activités ; marges, mini-étude consommateur… ).

Séchage de sarrasin

Modalités de fonctionnement et partenariats mis en oeuvre :
Pour développer ce projet, le Parc fonctionne en mode partenarial ou collaboratif avec des acteurs, issus de différents horizons et disciplines que ce soit au niveau local, régional ou national :
• avec la Communauté de communes Creuse Grand Sud, elle-même engagée dans une stratégie de relocalisation de la consommation alimentaire pour l’animation et le développement du projet.
• avec les Chambres d’agriculture, la FRCIVAM, et certaines structures (consulaires, BGE, Airelle…) sur l’accompagnement technique des producteurs ( suivi agronomique, capitalisation des connaissances, structuration et développement de la filière…) et d’éventuels porteurs de projets en transformation.
• Avec Interbio Nouvelle Aquitaine, dans le cadre de sa commission « grande culture », sur les aspects concernant le marché du sarrasin au niveau régional, voire national.
• Avec des associations ou structures ressources sur les dimensions biodiversité cultivée, préservation des ressources naturelles, autonomie des exploitations : « 1 001 semences limousines » (collecte, sauvegarde, expérimentation, sélection, multiplication et valorisation des semences végétales et leurs savoir-faire en Limousin), INRA de Rennes (recherche de variétés adaptées à l’agriculture biologique, avec une meilleure stabilité de rendement et une augmentation de l’offre pour la qualité et les usages, à partir des ressources génétiques locales et européennes),
• Avec la Fédération des Parcs et Mairie Conseils qui accompagnent le PNR dans le cadre de ce projet.

L’élu référent sur le projet est Jérôme Orvain, Conseiller Régional rattaché à la Vice-Présidence– Agriculture, agroalimentaire, forêt, mer et montagne et membre du bureau syndical du Parc.

En téléchargement :
- Fiche itinéraire technique
- Fiche agronomique (Chambre Agriculture 23)

Contact

Antonia MEZQUIDA- chargée de mission Economie Sociale et Solidaire, Innovation, Coopérations-
Ligne directe : 05.55.96.97.16
a.mezquida@pnr-millevaches.fr

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