Soutenir et accompagner l’étude, la définition et la création d’aires de bivouac écologiques

L’itinérance en France

(données extraites de l’étude exploratoire sur l’itinérance réalisée en 2009 par les cabinets Versant Sud et Altimax pour le compte de la Grande Traversée des Alpes, de la Fédération Française de Randonnée, de la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne et du Syndicat National des Accompagnateurs en Montagne)

Le marché de l’itinérance : éléments de cadrage

L’itinérance… à pied

La randonnée pédestre, prise dans son ensemble, constitue la pratique de base des touristes, quel que soit leur profil, puisqu’elle représente la 1ère activité physique des français en vacances. D’après la seule étude nationale existante [Afit, 2003] basée sur des chiffres de 1998 et 2000, 6 millions de Français de plus de 15 ans déclarent pratiquer la randonnée. Ce sont principalement des urbains, entre 35 et 64 ans, et de catégories aisées, qui choisissent cette activité pour son aspect convivial et les possibilités de découverte qu’elle ouvre.
Les itinérants représentent un peu moins de 7 % de ce public. Ils sont souvent plus jeunes et plus masculins, en séjour de plus longue durée, et en groupe plutôt qu’en famille — ce qui reflète une recherche plus marquée de la performance et des rencontres —, avec une nette préférence pour les zones de montagne.

Élément important : ils ont davantage recours aux hébergements marchands par nécessité et dépensent plus que les pratiquants en séjour fixe (40 !/j contre 36 !/j).

Quel public ?
Déployée au cours de l’été 2009, une enquête en ligne a permis de mieux dessiner les contours de l’itinérant pédestre.
Ainsi, à près de 60 %, les répondants à l’enquête sont des hommes, dont plus de la moitié (53 %) est âgée de moins de 45 ans, avec une très forte prédominance (77 %) de résidents en communes de type urbain (plus de 2 000 habitants).
Pour ce qui est des pratiques exprimées, la très grande majorité (80 %) effectue occasionnellement des séjours itinérants de 2 jours ou plus, la plupart du temps d’une seule traite (c’est-à-dire sans avoir recours à des liaisons ou des transferts). À noter aussi la place de la raquette comme substitut hivernal à la randonnée estivale.

On voit se dégager trois grands profils-types d’itinérants :
les « aficionados » (ou passionnés) : plus jeunes et de catégories plus aisées, d’origine urbaine, ils recherchent à la fois la rupture et l’isolement ;
les multi-itinérants : prioritairement des hommes, affiliés à une fédération, et attirés par toutes les pratiques d’itinérance ;
les occasionnels : plutôt des femmes en famille, moins attirées par l’itinérance en elle-même, le plus souvent en séjours courts et/ou de proximité.

Le premier enseignement notable est que la montagne est bien le terrain de prédilection des randonneurs itinérants, à plus de 90 % quel que soit le type de répondant. Cette première place s’explique sans doute par l’attirance marquée pour les paysages grandioses et la sensation d’isolement, ainsi qu’une certaine accessibilité et sécurité. La montagne en effet, est une des rares destinations à pouvoir offrir à la fois des espaces d’itinérance « humanisée » (sentiers balisés, hébergements, information, mais aussi villages, alpages, granges, etc.) et des espaces d’itinérance « diffuse » plus engagée et plus libre (hors sentier, hors hébergement, hors milieux habités ou exploités, etc.).
Deuxième enseignement : c’est jeune qu’on découvre l’itinérance en montagne, 63 % des répondants ayant déclaré avoir découvert l’itinérance en montagne avant 25 ans (21 % entre 15 et 19 ans).
Troisième enseignement : l’itinérance en montagne se découvre en priorité en famille (34 %). Les camps de jeunes et les colonies arrivent en 2e position.
Ces deux points soulignent donc fortement la nécessité de réfléchir à des formats d’offre adaptés à ces publics et à des évolutions réglementaires susceptibles de les faciliter, en opposition peut-être avec les tendances lourdes qui se déploient ces dernières années dans le domaine sécuritaire notamment.

Durée des séjours :
La durée de séjour est corrélée à la tranche d’âge :
• jusqu’à 14 jours (26 %), dans la tranche d’âge 50-64 ans,
• de 3 à 5 jours (42 % des cas) pour les plus jeunes.

Au niveau de la préparation :
• 64 % des personnes choisissent elles-mêmes leur secteur et leur itinéraire
• 43 % des personnes se basent sur un itinéraire de référence
• 25 % des répondants déclarent improviser sur place au jour le jour,
• 17 % des répondants déclarent recourir ponctuellement à une prestation organisée,
• 5 % des personnes ont intégralement recours à des prestations organisées.

En matière de services, une attente émerge ainsi qu’on peut s’y attendre : le portage des bagages, que ce soit par animal de bât (avec un fort attrait de la part des familles) ou par véhicule motorisé. Toutefois, il faut la relativiser, puisque 95 % des répondants déclarent porter eux-mêmes leurs bagages. Ce type de prestation est sans doute plutôt à mettre en rapport avec la clientèle des tour-opérateurs qui recherche avant tout une aventure plaisir.

L’importance de l’hébergement :
Les points d’étape habituels dans les pratiques d’itinérance sont :
• le refuge (80 % des répondants),
• le gîte d’étape isolé (60 % des répondants),
• le bivouac (51 %),
• le camping sauvage (27 %),
• les chambres d’hôtes (près de 50%),
• les hôtels (35 %),

Lorsqu’un encadrement est recherché, il concerne :
• les accompagnateurs (42 %),
• les guides (35 %),
• les amis compétents (34 %),
• les bénévoles associatifs (29 %).

On peut noter que les guides naturalistes ou les guides patrimoine sont peu cités (8 % et 7 %). Ce constat rejoint les attentes exprimées en matière de compétences pour cet encadrement, puisque c’est la connaissance des chemins et des hébergements qui est le plus souhaité (44 %), deux fois plus que la connaissance des habitants et du milieu (19 %).

L’itinérance à vélo : faible en nombre, mais des retombées économiques de poids

Sur la base de l’étude documentaire Atout France 2008-2009, la pratique du vélo représente 3 % des séjours touristiques totaux (soit 5,5 millions de séjours) et la 2e activité physique des touristes français. Au sein de cette filière, l’itinérance représente 12 % des séjours, essentiellement du fait d’étrangers (à 85 %) alors que seulement 7 % des cyclistes français sont itinérants. D’une manière générale, et du fait de la pratique, l’itinérance est fortement préparée et organisée, car elle se déroule souvent à travers des séjours d’une certaine durée (7 à 10 jours).

Le cyclotourisme représente un chiffre d’affaires de 1,9 milliards d’euros en 2012. Un des points clés révélés par l’étude évoquée ci-dessus est que la pratique itinérante, bien que de faible ampleur numérique, représente un poids très élevé, puisqu’elle génère 25 % des retombées économiques, avec un panier moyen journalier de 66 € par pratiquant itinérant contre 51 € jour pour un cycliste en séjour fixe.

L’itinérance… à cheval : une pratique de proximité, bien « cadrée »

Selon les données de la seule étude disponible à l’été 2009 (fédération française d’équitation, 2004), l’équitation constitue la 3ème activité physique des Français, en forte augmentation depuis 10 ans, avec un panel de 2,2 millions de pratiquants. On retrouve aussi dans cette pratique les éléments-clés relevés précédemment : faible poids numérique relatif des itinérants, mais fort impact économique du fait d’une surconsommation de séjours organisés ou de prestations (notamment : hébergements marchands, guides) combinée à une origine plutôt aisée.
À noter toutefois la part prépondérante de la pratique de proximité, avec une fidélité marquée aux territoires organisés ou aux prestataires qualifiés du fait de leur relative rareté et de la complexité de l’organisation logistique des séjours tout particulièrement en itinérance autonome.

Conclusion et perspectives

Deux conclusions essentielles émergent de ce travail exploratoire global sur l’itinérance :

une offre d’itinérance structurée et fluide crédibilise globalement un territoire touristique : nécessitant la structuration et la coordination des acteurs locaux, elle permet en effet de fidéliser les itinérants habituels du territoire, d’en capter de nouveaux et d’affirmer pour d’autres pratiquants plus sédentaires un haut niveau de compétences ;

les grandes itinérances « mythiques » participent à l’attractivité globale d’un territoire touristique : cela est particulièrement vrai pour la montagne, terre de prédilection de l’itinérance pédestre, qui peut ensuite offrir aux itinérants toute la diversité des « échappées » dont elle dispose alors qu’elle proposera aux non itinérants de « picorer » ou de tronçonner l’offre itinérante existante, qu’elle soit grande ou plus locale.

Il est important de rappeler que dans le cadre de la stratégie de développement de la France à l’international, le Ministère des affaires étrangères et le secrétariat d’Etat au tourisme ont mis en place 5 pôles d’excellence (oeno-tourisme, montagne, écotourisme, savoir-faire et métiers d’artisanat d’art, tourisme de nuit) pour attirer les clientèles touristiques et développer des actions.

Et que c’est dans ce contexte que la Fédération française des PNR s’est officiellement positionnée sur le pôle écotourisme (le tourisme durable et l’itinérance douce), en mobilisant l’ensemble du réseau des Parcs pour faire valoir les actions exemplaires des PNR dans ce domaine.

Concrètement, les composantes de l’écotourisme/slow-tourisme sont :
des modes de déplacements doux comme le train, la navigation sur de petites embarcations à voile, à rame ou à moteur, le vélo, le cheval, la randonnée pédestre voire la roulotte, etc. ;
le choix de structures à taille humaine, ancrées dans leur terroir et leur environnement pour les activités des vacances ;
la préférence pour des modes d’hébergement qui permettent de nouer des liens avec les habitants ou avec la nature,
une priorité donnée au tourisme collaboratif (rythme de la vie et des traditions locales),
une approche plus écologique et solidaire du voyage ou des vacances.

Tous ces éléments nous donnent des pistes d’action qui pourraient s’articuler autour des trois axes suivants :

- Alimenter la « pyramide » des itinérants en facilitant les premiers pas des enfants en famille et des jeunes (formats ciblés, contenus adaptés, réglementation assouplie, prix concurrentiel…),
- S’approprier certains facteurs d’attractivité des destinations concurrentes (identité montagne, paysages de caractère, dépaysement de proximité, chaleur de l’accueil…),
- Travailler chacun des freins sur lesquels il est possible d’agir localement (coordination des acteurs, qualification des prestations, information cohérente, promotion du non-marchand, construction de gammes d’offres).

A ces conditions, alors, l’itinérance apportera les chances qu’elle détient en son sein pour soutenir, voire stimuler un développement plus harmonieux du tourisme dans le PNR de Millevaches.

On peut en conclure que le développement d’une offre d’itinérance associée à des aires de bivouacs écologiques, correspond bien à la fois à la demande en émergence et à la stratégie des Parcs naturels régionaux de mettre en œuvre une forme de tourisme plus authentique, plus écologique et plus responsable.